Histoire

Le bateau-poste


Le Bateau-Poste pour Meaux

Affiche de la Compagnie des Canaux pour les bateaux-poste pour Meaux, 1837
En 1818, l’exploitation du canal de l’Ourcq est concédée pour 99 ans à la Compagnie des Canaux. Elle est dirigée par le baron Georges Tom HAINGUERLOT, (1795 - 1868) qui sera plus tard le fondateur des Entrepôts des magasins généraux de Paris et un des fondateurs de la nouvelle société des chemins de fer, la Compagnie de Paris à Strasbourg.

A partir de juillet 1837, la Compagnie des Canaux ouvre entre la Villette et Meaux un service de bateaux-poste qui accomplit officiellement le trajet en 3 heures (environ 4 lieues à l’heure), mais plus vraisemblablement en 4 à 5 heures.

Les voyageurs, répartis dans deux salons sont placés face à face comme dans les omnibus, assis dans des sièges en velours rouge autour d'une table pour poser leurs papiers et journaux. Le bateau peut accueillir 64 passagers, mais ce sont parfois 70 personnes qui y prennent place dans les deux salons (1e et 2e classe)

Ce modèle de bateau avait été remarqué lors d'un voyage en Écosse par le baron HAINGUERLOT, Président de la Compagnie des Canaux, qui en avait acheté un exemplaire en 1835 afin de permettre le transport des membres de sa compagnie lors des visites d'inspection. La coque du navire est en fer. Livré en pièces détachées il a été remonté à La Villette par James BARCLAY, mécanicien appartenant à la compagnie écossaise Chomal and Johnstons. Il est tiré par trois chevaux à la vitesse de 15 km/h. Les premiers chevaux ont été importés d'Angleterre. Les peintures sont dues aux dessins de CICÉRI. Le Journal de Seine et Marne souligne que rien n'est plus élégant que voir ce bateau de 70 voyageurs voler avec la rapidité d'un oiseau.

Le trajet comporte six relais de poste, situés à Meaux, Charmentray, Claye-Souilly, Sevran, Bondy et Paris.

En 1838, deux autres bateaux seront construits en copiant ce premier, pour permettre d'effectuer deux allers-retours par jour. Les départs de Paris et Meaux ont lieu à 8 heures du matin et 2 heures du soir (14 heures).

Maquette du bateau-poste, photo et retouches BG/AFLO
Maquette du bateau-poste
Musée du canal, Trilbardou
Photo BG/AFLO
Bateau-Poste, coupe longitudinale
Coupe longitudinale
Bateau rapide pour le service du canal de l'Ourcq - Coupe longitudinale du bateau - planche XVIII.
Émile VUIGNER, Planche n° 18, Mémoire relatif aux travaux exécutés pour améliorer le régime des eaux sur la rivière et le canal de l'Ourcq et pour rendre ces cours d'eau navigables. Dunod (Paris) 1862.

La concurrence est rude
entre le bateau-poste et les autres moyens de transport de voyageurs

Dès le commencement de son service, la Société des bateaux-poste fait disparaître, par ses prix bas et sa rapidité, des entreprises de transports qui suivent la route (à Meaux, la Société LABOURÉ) ou la Marne (le bateau à vapeur sur la Marne, Meaux-Paris).
En 1849, la Compagnie de Paris à Strasbourg qui vient d’ouvrir la ligne de chemin de fer Paris-Meaux subit à son tour cette guerre des prix, notamment sur le transport des passagers.

En juillet 1849, les tarifs du bateau-poste sont de 2,25 F. en première classe et de 2,00 F. en seconde (le chemin de fer est plus cher : 2,60 F. en troisième classe avec un trajet en 1 h 30).
Du 5 juillet au 21 septembre, les bateaux-poste en concurrence avec le chemin de fer assurent entre Meaux et Paris un trafic de 80 voyageurs par jour sans compter les voyageurs intermédiaires.
À partir du 21 septembre, la Compagnie des Canaux réduit ses tarifs à 1,25 F. en première classe et 1,00 F. en seconde, et accroit ainsi son trafic. Du 21 septembre au 11 novembre, le nombre quotidien de voyageurs transportés entre Meaux et Paris s’élève à 214, toujours sans compter les voyageurs intermédiaires.
Pendant cette même période, la Compagnie de Paris à Strasbourg éprouve une perte de voyageurs. De 242 voyageurs par jour en 3ème classe entre le 5 juillet et le 21 septembre, le nombre de voyageurs est descendu à 190 entre le 22 septembre et 11 novembre.

Étant donné les conditions d’exploitation du bateau-poste, la guerre des tarifs peut se prolonger longtemps et coûte si cher à la compagnie ferroviaire qu’elle engage des négociations en vue du rachat du trafic de voyageurs dès le mois de septembre.

Cette première négociation, jugée inadmissible par la Compagnie de Paris à Strasbourg, échoue et la concurrence est relancée.

La Compagnie des Canaux complète son service en organisant une série de correspondances par voie de terre avec Lizy, Villers-Cotterêts, Coulommiers et la Ferté-sous-Jouarre, attaquant ainsi des points desservis par la compagnie de chemins de fer. Elle réussit à drainer vers le canal une portion considérable du trafic voyageurs et à vider le service de correspondances du chemin de fer.

Fin 1850, malgré ses efforts pour transformer les trains, ajouter des voitures de troisième classe, augmenter le confort et la vitesse, la Compagnie de Paris à Strasbourg est obligée de reprendre les négociations et de signer le traité du 1er mars 1851.

La Compagnie des Canaux cède à la Compagnie de Paris à Strasbourg le droit d’exploiter sur le canal de l’Ourcq entre Paris et Meaux, tout service de transport de voyageurs par eau, au prix de 150 000 F. non productif d’intérêts (30 000 F. comptant et le solde en 5 annuités de 24 000 F. à partir du 5 mars 1851). La concurrence reste entière pour le trafic marchandises qui ne porte, entre les deux villes, que sur les grains et farines. On rappelle ici que les deux compagnies ont, parmi leurs dirigeants, le même homme.

La Compagnie de Paris à Strasbourg s'empresse alors de faire disparaître le bateau-poste Paris-Meaux. Le transport de voyageurs par chemin de fer va pouvoir se développer...

Entre 1850 et 1851, l'ensemble du matériel de la Compagnie du Bateau-poste sera vendu aux enchères. Seuls deux bateaux seront conservés pour être utilisés par la Compagnie des Canaux de Paris.


Sources

Jean-Louis DUFFET, Histoire du bateau-poste Meaux-Paris, in Bulletin AFLO n°2, janvier 2007

Louis-Maurice JOUFROY, La ligne de Paris à la frontière d'Allemagne (1825-1852),
3 tomes, Paris, 1832 (collection privée)

Journal de Seine-et-Marne, 1837, Médiathèque de Meaux

Émile VUIGNER, Mémoire relatif aux travaux exécutés pour améliorer le régime des eaux sur la rivière et le canal de l'Ourcq et pour rendre ces cours d'eau navigables, Dunod (Paris) 1862.

Musée du canal, usine élévatoire de Trilbardou

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