Les canaux pendant la guerre 1939-1945

La ligne Chauvineau

À la découverte de vestiges de la Seconde Guerre Mondiale le long du canal de l'Ourcq.

Toute personne en promenade le long du Canal de l’Ourcq de Mareuil-sur Ourcq, à la confluence de la rivière Ourcq avec la Marne, ne peut manquer de voir au moins quelques-uns des dix blockhaus implantés sur sa rive droite, eux-mêmes faisant partie d’un dispositif de vingt-cinq fortifications le long du Canal lui-même ou de deux de ses affluents sur leur partie canalisée finale.
Ces vestiges de la Seconde Guerre Mondiale, pour la plupart encore assez bien préservés, sont des éléments d’une ligne de défense de 130 km, la dernière réalisée en France et la plus proche de Paris, destinée à compléter la fameuse Ligne Maginot, mais bien moins connue qu’elle !
Le tronçon lié au Canal ne représente que 25 km environ de cette gigantesque réalisation comptant au total près de 300 bâtiments et qui fut réalisée en seulement 9 mois, par une trentaine de groupements militaires bâtisseurs cependant que le gros de l’Armée française bataillait très dur, plus au nord.
Cette ligne défensive s’appuyait sur les rivières Oise, Nonnette, Grivette et Marne, sur des lisières de forêts et des champs creusés de profonds fossés antichars de 3 mètres de largeur, sur des vallées creuses et des marais inondables à volonté grâce à des vannages militaires, sur des barrages routiers en tétraèdres de béton armé et… sur le Canal de l’Ourcq jusqu’à la Marne, le tout complété par le minage des ponts qui eut lieu le 11 juin.

Cette ligne aurait sans doute pu être très efficace si elle avait été tenue par un effectif de soldats en suffisance et dotés de l’armement complet qui était prévu, mais ce ne fut pas le cas, et elle ne put tenir que du 8 au 12 juin 1940, les 13 et 14 ayant été le théâtre du retrait progressif des troupes françaises.

En rouge, la partie liée au Canal de l’Ourcq et à la partie canalisée d’affluents. Elle fut construite par les groupements militaires 25, 26 et 27 dans les secteurs 4, 5, et 6. Elle compte une trentaine d’ouvrages dont 7 ne sont plus visibles.

Plan de la ligne Chauvineau
Plan de la ligne Chauvineau

Les quatre extraits de carte ci-après permettent de positionner les 30 points forts dont 7 ne sont plus visibles actuellement (en noir sur les quatre plans ci-après).

Plan de repérage des ouvrages de la ligne Chauvineau, près de Neufchelles
Plan de repérage des ouvrages de la ligne Chauvineau, près de Neufchelles
Plan de repérage des ouvrages de la ligne Chauvineau, près de Varinfroy
Plan de repérage des ouvrages de la ligne Chauvineau, près de Varinfroy
Stèle à la mémoire de l'Aspirant Philippe de Montauzan, mort pour la France le 12 juin 1940, rattachée au bloc n° 12, à Varinfroy
Stèle rattachée au bloc n° 12, à Varinfroy
Plan de repérage des ouvrages de la ligne Chauvineau, près d'Ocquerre
Plan de repérage des ouvrages de la ligne Chauvineau, près d'Ocquerre
Plan de repérage des ouvrages de la ligne Chauvineau, près de Lizy-sur-Ourcq et de Mary-sur-Marne
Plan de repérage des ouvrages de la ligne Chauvineau, près de Lizy-sur-Ourcq et de Mary-sur-Marne

Nous ne présentons que certains des blockhaus, les plus proches du Canal et les plus visibles voire visitables. (Nos 7, 9, 10, 17 des plans ci-dessus).

Ils sont de dimensions modestes, comparés à leurs homologues Maginot ou à ceux (allemands) des côtes normandes, casemates à canon 25 mm 1934, tourelles à mitrailleuse Hotchkiss 1914, boucliers, encuvements… selon 7 plans-types, et bénéficiant de camouflages diversifiés (branchages, fourrages, pierrailles, tertre herbeux, fausse maison, …).

Des circuits divers ou des aller-retours sont faciles à créer, à pied, à VTT ou vélo, en kayak ou canoë voire en paddle, ou en bateau motorisé permettant d’intéressantes visites jalonnées par ces blocs de 1939, avec diverses visites annexes et activités opportunistes selon les goûts et les saisons.


Bloc n° 7

Plan de situation du bloc n° 7

Se trouve à Neufchelles à 400 m en amont du pont.

Bloc de type 7 qui abritait une mitrailleuse de type Hotchkiss 1914.

Fenêtre de tir orientée vers le nord, couvrant 1300 m de bief dont le débouché du canal du Lignon

Le bloc n° 7 vu de la rive gauche vers l'aval
Vue du bloc n° 7 depuis la rive gauche vers l'aval
Fenêtre de tir du bloc n° 7 vue de l'intérieur, orientée vers le NNE sur le débouché du canal du Clignon
Fenêtre de tir du bloc n° 7 vue de l'intérieur, orientée vers le NNE sur le débouché du canal du Clignon

Bloc n° 9

Plan de situation du bloc n° 9

Se trouve à Varinfroy à 25 m en aval du pont.

Bloc de type 7 qui abritait une mitrailleuse de type Hotchkiss modèle 1914.

Fenêtre de tir orientée vers le sud, couvrant 700 m de bief.

Le bloc n° 9 vu de la rive gauche, vers l'amont
Vue du bloc n° 9 depuis la rive gauche, vers l'amont

Bloc n° 10

Plan de situation du bloc n° 10

Se trouve à Crouy-sur-Ourcq, à 60 mètres en amont du pont.

Bloc de type 1 qui abritait un Canon Hotchliss de 25 mm modèle 1934, associé à une mitrailleuse.

Fenêtre de tir orientée vers le sud, couvrant le pont.

Vue du bloc n° 10 de la rive droite vers l'amont
Vue du bloc n° 10 de la rive droite vers l'amont
Fenêtre de tir du bloc n° 10 à Varinfroy
Fenêtre de tir du bloc n° 10 à Varinfroy

Bloc n° 17

Plan de situation du bloc n° 17

Se trouve à Marnoue-La-Poterie, à 120 m en amont du pont.

Bloc de type 7 qui abritait une mitrailleuse de type Hotchkiss modèle 1914.

Fenêtre de tir orientée vers le sud, couvrant le pont.

Le bloc n° 17, vu vers l'amont, rive droite
Vue du bloc n° 17, sur la rive droite, vers l'amont
Sculpture moulée représentant Neptune, sur le bloc n° 17 à Varinfroy
Sculpture moulée représentant Neptune, sur le bloc n° 17 à Varinfroy

Les fossés anti-chars

La ligne Chauvineau comportait des fossés anti-chars, que l'on distingue sur la photographie aérienne ci-dessous, datant de 1950. (source : Geoportail)

Le fossé, de forme trapézoïdale, a en moyenne 2 m de profondeur et 2 à 4 m de largeur. Sa forme est destinée à piéger l'engin blindé ennemi avec une pente Nord ouverte et une pente Sud rectiligne et abrupte tandis que le tracé en zig-zag permet d'opérer un tir de flanquement plus éfficace avec les armes antichars. La ligne Chauvineau en comptait 15 km cumulés.

Ce dispositif, en deux fossés de 250 m en angle de 105° tourné vers le nord, dans les hauteurs de Neufchelles, était redoutable !

Vue aérienne du secteur de Neufchelles vers 1950
Vue aérienne du secteur de Neufchelles vers 1950
  1. Canal venant de Mareuil
  2. Fossé antichar OSO - ENE
  3. Fossé antichar NO - SE
  4. Bloc n° 2, un canon
  5. Blocs n° 3 et n° 4, deux canons
  6. Bloc n° 7, tourelle à mitrailleuse
  7. Canal du Clignon
  8. Église de Neufchelles

Type 7

Plan et coupes du type 7, empruntés à Philippe Beuscart dont nous espérons l’accord tacite, et que nous remercions.
<span class='source'>© Philippe BEUSCART</span><br>Tourelle de mitrailleuse type 7, vue en plan.
© Philippe BEUSCART
Tourelle de mitrailleuse type 7, vue en plan.
<span class='source'>© Philippe BEUSCART</span><br>Tourelle de mitrailleuse type 7, coupe C-O.
© Philippe BEUSCART
Tourelle de mitrailleuse type 7, coupe C-O.
<span class='source'>© Philippe BEUSCART</span><br>Mise en place de la mitrailleuse Hotchkiss modèle 1914.
© Philippe BEUSCART
Mise en place de la mitrailleuse Hotchkiss modèle 1914.

Type 1

Plan et coupes du type 1, empruntés à Philippe Beuscart dont nous espérons l’accord tacite, et que nous remercions.
<span class='source'>© Philippe BEUSCART</span><br>Abri bétonné de type 1 pour canon de 25 et personnel de service, vue en plan.
© Philippe BEUSCART
Abri bétonné de type 1 pour canon de 25 et personnel de service, vue en plan.

Pour en savoir plus…

Pour davantage de précisions techniques et pour suivre le déroulement des combats, le lien ci‑dessous renvoie vers l’excellent article de Jean Cotrez 
https://www.39-45.org/histomag/mag-mai2010.pdf (Page 72)

Pour des informations très complètes :
http://lignechauvineau.free.fr/

Un extrait de mémoire d'étudiant :
La Ligne Chauvineau par Maël Battmann

Photographies AFLO.
Plans de situation : Infographie AFLO sur la base de plans IGN.
Photographie aérienne : Geoportail, IGN
Plans et coupes des ouvrages © Philippe BEUSCART.