Pendant les étés 1856 à 1865, de grandes sécheresses ont paralysé la circulation sur les canaux Saint-Martin et Saint-Denis, obligeant à interrompre la navigation jusqu'à 40 jours.
A Trilbardou, le canal de l'Ourcq et la Marne ne sont éloignés que de 40 mètres. La Marne plonge ensuite vers le Sud-ouest pour se jeter dans la Seine. Au bord de la Marne était implantée la société Langenard et Cie qui exploitait une usine de tréfilerie et de laminage. L'énergie était fournie par une roue à aubes et trois locomoteurs (machines à vapeur) d'une puissance de 15 CV chacun. L'eau de la Marne servait aussi au refroidissement des pièces fabriquées. Cette usine fut détruite par un incendie. Le sieur Pachot, son propriétaire, ne souhaita pas donner suite à l'autorisation de reconstruire qui lui avait été accordée par décret impérial du 16 avril 1862. La société Langenard fit faillite en 1864.
Les machines à vapeur nécessiteront la construction d’un système de transbordement du charbon amené par les flûtes d’Ourcq. Ce système se compose d’un chemin de fer allant du canal à l’usine, en passant au dessus de la route, à 12,50 m. de hauteur. Les machines consomment 3 tonnes de charbon par 24 heures. On discerne encore aujourd’hui les contours de la plateforme au niveau du canal. Un wagonnet Decauville a été conservé et est exposé à l’usine.
En 1925 une roue à aubes de petite taille actionnant une pompe Wauquier vient remplacer la pompe Farcot installée en 1868.
L’usine élévatoire de Trilbardou évolue en 1930 avec l’implantation de la turbine Teysset. Cette turbine permet de fabriquer l’électricité qui alimente le moteur entraînant une pompe Wauquier de 500 l/s.
Les deux machines à vapeur Farcot de 1885 seront ensuite remplacées en 1935 par deux pompes électriques Baudey-Bergeron de type ST40 ayant une capacité de pompage de 1000 l/s.
En 1940, deux Bergeron type SBR95 de 500 l/s viendront renforcer la capacité de pompage.
Enfin, en 1965 une pompe à moteur diesel Poyaud de 1100 l/s est installée pour remplacer la dernière machine à vapeur Farcot démontée en 1964. Pour remplacer l’ancien système de courroies, un réducteur de vitesse est implanté entre la turbine Teysset et la pompe Wauquier, qui est déplacée.
Alors que les machines à vapeur sont remplacées par des moteurs diesel ou électriques, la machine de Sagebien, dont la roue sera refaite en 1897 et en 1929 est conservée, en raison de ses importantes capacités de pompage.
Par arrêté du 22 octobre 1987, les deux bâtiments abritant les dispositifs techniques, la roue hydraulique Sagebien, les vestiges de la vanne motrice, les quatre pompes aspirantes Sagebien, la cloche d'équilibre et le pont-roulant sont inscrits à l’inventaire des Monuments Historiques, en même temps que la turbine hydraulique de Girard à Villers les Rigault, puis classés Monument Historique en 1992.
En 1991, le musée de Trilbardou ouvre ses portes, à l’emplacement de l’ancien atelier. Aujourd'hui, après une rénovation complète, l’usine de Trilbardou continue son travail de pompage durant la saison sèche pour rehausser le niveau du canal de l’Ourcq qui amène chaque jour au bassin de la Villette environ 280 000 m3 pour permettre la navigation sur le réseau des canaux de Paris et alimenter la capitale en eau non potable.
L'usine élévatoire de Trilbardou a fait l'objet d'importants travaux de rénovation, qui ont porté sur sa partie production, avec l'automatisation du système de pompage électrique, mais aussi sur sa partie historique, avec la remise en état de la roue de Sagebien et sur son aspect extérieur. C'est ce dernier point que nous vous présentons ici.
Claude GAUDIN, Le Canal de l'Ourcq, Réseau fluvial de la ville de Paris, in Actes du colloque "le canal de l'Ourcq hier, aujourd'hui, demain", organisé par Au fil de l'Ourcq, 2002, éditions AMARCO
Eugène BELGRAND, Les eaux nouvelles (cité par Claude Gaudin dans les actes du colloque AFLO, op. cité).
Le barrage de Trilbardou - La roue de Sagebien - La machine, photos Daniel BERNAL, AFLO 2015
CPA TRILBARDOU (S. et M.) Prise d'eau de la Ville de Paris,
Ed. A. Proust, Coll. Réaume, 17 Novembre 1914 (date de la Poste), Collection MA
Histoire et technique Photos-montages et schémas J.-C. ROUXEL, AFLO, 2012-2015