Alphonse Eléonor SAGEBIEN naît le 2 février 1807 à Wavans-sur-l’Authie [-1-], dans le Pas de Calais. Il décède à Boufflers (Somme) le 1er octobre 1892.
Bien qu’il ne figure pas dans l’annuaire des anciens élèves en qualité d’ingénieur, il est fait état, dans de nombreux documents de l’époque, de sa qualité de centralien, ou d’ancien élève ou même d’ingénieur. Il est admis le 18 août 1830 et son nom figure sur les relevés des élèves des années scolaires 1830-1831, 1831-1832, 1832-1833. Il semblerait que des raisons financières soient à l’origine de la demande d’Alphonse SAGEBIEN de n’être inscrit qu’en tant qu’étudiant libre, ce qui selon le règlement de cette école ne lui permettra pas d’obtenir le diplôme [-2-] .
En 1840, il se voit confier la direction de l’usine sidérurgique de Marquise, dans le Boulonnais, établissement qui compte plus de deux mille ouvriers. Il va notamment y perfectionner les prises de gaz des hauts-fourneaux et mettre au point la récupération de chaleur perdue pour le chauffage de l’air des machines soufflantes.
En 1846, il passe aux fonderies de Pocé (Indre-et-Loire), où il a, entre autres, à construire un nouveau haut-fourneau.
Obligé de quitter Pocé dès 1848, il s’établit comme ingénieur civil indépendant au moulin de Caux (Somme), propriété de son épouse. Les raisons de cette décision sont mal connues. On notera cependant qu’à cette époque naissent en France, sur le modèle anglais, l’ingénierie et la profession d’ingénieur conseil.
À la suite des travaux de PONCELET [-3-] en 1824 et de FOURNEYRON [-4-] en 1832, dont la turbine sera améliorée par FONTAINE, qui déposera son propre brevet en 1840, il s’intéresse aux moteurs hydrauliques. Il va, à partir de 1848, commercialiser une roue hydraulique, dite roue SAGEBIEN qu’il imagine vers 1845, et dont il présente le dessin à l’exposition de 1855. Il dépose le brevet en 1858. SAGEBIEN réalise l’étude préalable et confie l’exécution des travaux à des charpentiers et à des mécaniciens, le plus souvent locaux ou de la région amiénoise. Par exemple, les machines de l’usine de Trilbardou sont construites par DELAHAYE, SIBUT et Cie, à Amiens.
On conçoit mal, de nos jours, le rôle considérable joué par les machines hydrauliques. La force hydraulique joue en France, dans cette première moitié du XIXe siècle, un rôle plus important que la machine à vapeur, pourtant considérée comme emblématique de la révolution industrielle. Grâce en particulier aux travaux de Gaspard CORIOLIS (1792-1843), qui enseigne la mécanique à Centrale, la théorie des machines est formalisée. Des physiciens énoncent les lois de la conservation de l’énergie.
Dans sa machine, Alphonse SAGEBIEN met en œuvre deux principes :
– utiliser au maximum le poids de l’eau dès son entrée dans la roue,
– éviter les turbulences lorsque les aubes sortent de l’eau
Pour ces raisons, il construit une roue de côté, ayant des aubes très profondes et inclinées dans le sens de la rotation. Il obtient ainsi une machine ayant un excellent rendement, de l’ordre de 80 à 90%, et l’avantage de fonctionner avec un débit variable.
Sa première roue est installée vers 1850 au moulin à blé de Monsieur QUESTE à Ronquerolles (Oise).
En 1851, il publie un brevet sous le titre "Roue hydraulique, dite roue à siphon, prenant son eau sans dénivellement" — INPI cote 1BB12819 [–5–]. Ce brevet fera l'objet d'un additif en 1855 — INPI - 1BB12819(1) [–6–].
Une notice publiée par Charles LEBLANC [-7-] en 1859 dans les Annales des ponts et chaussées [-8-] rend compte d’essais qu’il a effectués en juin 1854 sur la grande roue de la filature d’Yvré-l’Evêque (Sarthe).
LEBLANC calcule une puissance de 62,91 chevaux, pour une puissance annoncée par SAGEBIEN de 60 chevaux sous une chute d’eau de 1 m.
En 1860, il se voit confier par Eugène BELGRAND, alors chargé du développement de l’approvisionnement en eau de la ville de Paris, l’équipement de plusieurs usines, notamment l’usine élévatoire de Trilbardou (Seine-et-Marne).
Liste des 63 roues de Sagebien les plus importantes en 1870
Bulletin de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale
cliché AFLO
TRESCA conclut que les roues de SAGEBIEN sont particulièrement adaptées aux faibles chutes et que le rendement s’établit au dessus de 80%, même si les niveaux d’eau varient. TRESCA fait aussi remarquer que M. FONTAINE, lui même fabricant de turbines et propriétaire de moulins, a choisi la roue SAGEBIEN pour ses moulins de Chartres et de Dreux. L'article de TRESCA fait l’objet d’un rectificatif de l’inspecteur général MICHAL dans un des numéros suivants de la revue [-12-]. MICHAL, qui a réalisé les essais sur la roue de Trilbardou minore un peu les chiffres de TRESCA, mais reconnait l’excellent rendement de celle-ci.
SAGEBIEN écrit en 1883 pour l’obtention de sa Légion d’honneur : [-13-]
En 1866 à Trilbardou près de Meaux, ayant eu à établir pour le compte de la ville de Paris, sous la Direction de l’éminent Inspecteur Général des Ponts et Chaussées Mr Belgrand une grande machine roue et pompes, je parvins ainsi à élever 35 000 mètres cubes d’eau par jour de la Marne dans le canal de l’Ourcq (400 litres par seconde) moitié plus que l’on avait espéré obtenir.
Ce succès m’a valu d’avoir la préférence pour l’entreprise des élévations des sources basses de la vallée de la Vanne, qui fonctionnent depuis six ans d’une manière satisfaisante pour l’alimentation d’eau potable de la ville de Paris, tellement que près d’un tiers des eaux qui arrivent aujourd’hui au bassin de Montsouris proviennent des machines que j’ai établies à Chigny et à Malay le Roy (Yonne).
Cette année là, en 1883, il installe deux grandes machines élévatoires pour la ville du Mans (Sarthe).
Cette publication fait l'objet d'une lettre de l'Inspecteur général MICHAL, qui a effectué les mesures de la roue de Trilbardou. Elle est reproduite en août 1870 dans la revue Annales des ponts et chaussées, 4e série, vol. 4, t. 20, 1870, pages 229-230.
Les remarques concernent le niveau de la Marne, supérieur à la normale, la vitesse de la roue, légèrement supérieure à la vitesse nominale, et la position du manomètre.
Il en déduit que le rendement, inférieur de 7 à 8% aux indications données par le manomètre, serait de 63 à 64%, ce qui est selon lui très favorable.
Source : Annales des ponts et chaussées.
Mémoires et documents relatifs à l'art des constructions et au service de l'ingénieur ,
Ecole nationale des ponts et chaussées, 1870
Source: gallica.bnf.fr