Charles Stanislas L'ÉVEILLÉ

(1772 - 1833)

Un homme aux multiples facettes


Sa famille

Autoportrait - Photo extraite de la Notice sur l'Ingénieur L'Éveillé à Caen  Collect. particulière

Charles Stanislas L'ÉVEILLÉ est né à Paris le 4 février 1772. Il est le fils de Charles L'ÉVEILLÉ, qui exerce la profession de doreur sur métaux et qui décédera à Paris le 3 floréal de l'an 3 de la République (22 avril 1795) et de Marie Françoise GARNIER.

Autoportrait
extrait de Notice sur l'Ingénieur L'Éveillé à Caen
Coll. particulière
Plaque de la tombe de Geneviève Suzanne VALLET épouse L'ÉVEILLÉ  Cimetière de Meaux  Photo J.-L. DUFFET - AFLO
La trace de cette famille à Meaux nous fut révélée par une concession abandonnée dans le vieux cimetière de Meaux. Il en reste trois croix en fer couchées avec leur plaque, dans un enclos limité par quatre barres de fer posées sur des plots en pierre.
Sur l'une des croix, une plaque de forme ovale, en métal, indique le décès de Stanislas LÉVEILLÉ le 30 janvier 1833 à l'âge de 61 ans.
Sur une autre, sa femme, Suzanne VALLÉE, décédée le 30 octobre 1835. Enfin, sur la troisième, son fils, Charles L'ÉVEILLÉ.

Plaque de la tombe de Geneviève Suzanne VALLET épouse L'ÉVEILLÉ
Cimetière de Meaux
Photo J.-L. DUFFET - AFLO

En l'an XI de la république, Charles-Stanislas L'ÉVEILLÉ s'installe à Meaux, où il se marie le 23 vendémiaire de l'an XIV (15 octobre 1805). Sa mère, veuve et toujours domiciliée à Paris, assiste au mariage.

Son épouse, Geneviève Suzanne Alexandrine VALLÉE, est la fille d'un maître en chirurgie et accoucheur de l'hôpital de Meaux. Elle est née dans cette ville le 23 juin 1782.

Un premier enfant, de sexe masculin, prénommé Paul [1] , nait de cette union le 24 avril 1806. Entré à Polytechnique en 1825, il est nommé à Brest aspirant ingénieur des Ponts et Chaussées du Service de la marine. Il est déclaré "ingénieur à Brest" lors du décès de sa mère en 1835.

Un deuxième fils, prénommé Charles, naitra le 25 juin 1807. C'est lui qui établit la concession de la famille L'ÉVEILLÉ au cimetière de Meaux. Receveur des douanes dans cette ville, il décède le 6 mars 1836 à l'âge de 29 ans.


L'ingénieur

Après une scolarité courte mais complétée à partir de ses quinze ans par un précepteur, le jeune Charles Stanislas exerce avec plus ou moins de bonheur divers métiers : bonnetier, fontainier. Ce dernier métier le conduisit à étudier les mathématiques, l'hydraulique et le dessin, tout en s'initiant aux métiers de fondeur, graveur, tourneur...
Entré ensuite chez un maître maçon, il étudie l'architecture. C'est là selon ses propres dires qu'il découvrit le dessin et la peinture.

La Révolution l'entraîne dans l'armée. Très vite, il part travailler comme dessinateur sur les fortifications de Blamont dans le Jura.

En 1791, il entre chez l'architecte DIDOLE, mais il est contraint de repartir, en 1792, dans l'armée de Vendée.

En l'an II (1794), il est admis à l'école des Ponts et chaussées, a 22 ans. Il y est rapidement nommé professeur de dessin. En l'an V, il en sort avec le grade d'ingénieur des Ponts et chaussées.

En cette qualité, il part à Constantinople comme attaché de l'ingénieur en chef FERREGEAU, en compagnie de nombreux autres ingénieurs et savants et artistes, dont le peintre CASTELLAN.

Le séjour à Constantinople fut bref, mais le retour en compagnie de CASTELLAN fut plus long : ils ne pouvaient rentrer à Paris sans visiter la Grèce et l'Italie. L'ÉVEILLÉ tient un journal, que cite CASTELLAN dans ses ouvrages, et fait de nombreux dessins. Ce journal est hélas perdu, et de ses dessins il ne subsiste qu'un carnet de croquis orientaux.

À Naples, les deux amis se séparèrent. Charles Stanislas rentre en France. Un mois après son retour, il est nommé ingénieur ordinaire, en résidence à Caen, poste dont il prend possession le 25 prairial an VI (13 juin 1798). Il s'installe, avec sa mère et son ami Florentin ALAVOINE au 36 rue des Quais. Il y fait venir de Paris son atelier d'artiste et ses collections de plantes et d'insectes et décore l'appartement avec son ami.

Calque du Plan général des terrains parcourus par le canal de l'Ourcq, levé sous la direction de M. L'ÉVEILLÉ, Ingénieur en Chef. Années 1804, 1805 et 1806. Archives communales de Meaux  photo Jean-Louis DUFFET
Plan général des terrains parcourus par le canal de l'Ourcq, levé sous la direction de M. L'ÉVEILLÉ, Ingénieur en Chef. Années 1804, 1805 et 1806.
Archives communales de Meaux
photo Jean-Louis DUFFET


Il quitta Caen l'an XI, appelé à la direction des travaux du canal de l'Ourcq.
Il y exerça en parallèle son activité artistique.

Émile VUIGNIER nous indique que M. Dutens et Stanislas Léveillé [furent adjoints à Pierre-Simon GIRARD], en qualité d'ingénieurs ordinaires. Plus loin dans son ouvrage, il note que les travaux d'achèvement pouvaient, toutefois, être considérés comme suspendus depuis la seconde invasion. Pendant cette suspension il s'opéra beaucoup de changements dans le personnel des ingénieurs. M. l'ingénieur en chef Léveillé fut remplacé en octobre 1815 par M. Coïc, qui était alors employé dans le département des Pyrénées-Orientales.

Il y eut échange de postes, puisque d’octobre 1815 à mars 1821 Charles Stanilas L'ÉVEILLÉ est en poste dans les Pyrénées-Orientales.

Charles Stanilas L'ÉVEILLÉ est ensuite nommé Ingénieur en chef des Basses-Alpes. Il y fait également office d'architecte départemental et construit le palais épiscopal de Digne, ainsi que le palais de justice de Barcelonnette. Il y effectue aussi des recherches sur les ponts suspendus.

On ne sait pas si sa famille l'accompagne lors de ces séjours professionnels.


L'artiste peintre

Sainte-Sophie de Constantinople, par Ch. L'Éveillé
Charles Stanilas L'ÉVEILLÉ est aussi connu en qualité d'artiste peintre. C'était sans doute là sa véritable vocation. Très tôt il exposera et se fera connaître dans les salons de peintures.

Sainte-Sophie de Constantinople
Crayon, encre et acquarelle rehaussée de gouache sur papier. 36,5 x 47,5 cm ou 44 x 53,7 cm (selon les sources)

Retouche photo BG/AFLO

Pierre-Simon GIRARD, dans ses mémoires de 1831 sur le Canal de l’Ourcq, utilise de très beaux dessins de Charles Stanilas L'ÉVEILLÉ.

Lors de son séjour dans les Pyrénées-Orientales, il accompagne Jaubert de Passa dont il illustre le Mémoire sur les cours d’eau et les arrosages des Pyrénées-Orientales (1818). Ils effectuent ensemble le relevé des monuments romans et antiques.

L'architecte et historien Pierre PINON écrit en 1986 : Il est désigné comme architecte dans le recueil de Gourlier et même comme « peintre d'architectures » dans les dictionnaires biographiques d'artistes (il a exposé aux Salons de 1796 et de 1802). De tous ses travaux d'ingénieur, il a laissé des aquarelles étonnantes de pittoresque.

Des dessins originaux de Charles Stanislas L'ÉVEILLÉ se trouveraient aux Archives Nationales en F14 10116.


Le Conseiller municipal de Meaux

Signature sur le registre des délibérations du conseil municipal de Meaux
De 1831 à sa mort, il est conseiller municipal de la ville de Meaux.
Sa signature apparaît lors de la délibération du dimanche 16 octobre 1831. Ce jour là, un nouveau conseil municipal s'installe à la mairie de Meaux avec l'élection du maire Rongeron.
Comme tous, il prête serment : Je jure fidélité au roi des français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume.
Lettre de L'Éveillé au Maire de Meaux AM Meaux, 1D1-18
Il participe à diverses commissions comme celle du budget, ou celle qui se préoccupe du mode d'entretien des promenades et chemins... Sur cette question, on trouve dans les archives municipales de Meaux une lettre, un rapport et un petit plan des promenades signés par Stanislas L'ÉVEILLÉ prouvant son activité.
Lors de la délibération du 6 février 1833, il y a une élection partielle : il est noté que L'Éveillé est décédé.



Lettre de L'Éveillé au Maire de Meaux
AM Meaux, 1D1-18


Sources

LANGLOIS, Ludovic, Notice sur l'Ingénieur L'Éveillé à Caen, Henri Delesques Imprimeur - Libraire, Caen, 1889.
(Henri LANGLOIS est l'époux d'une arrière petite-fille de Charles Stanislas L'Éveillé).
collection particulière

Charles Stanislas Léveillé / Œuvres d'art
https://www.artnet.fr/artistes/charles-stanislas-léveillé/
(page consultée le 18 octobre 2019)

PINON, Pierre, Canaux et villes au siècle des lumières> [article] in  Les Annales de la Recherche Urbaine Année 1986
https://www.persee.fr/doc/aru_0180-930x_1986_num_30_1_1241
(page consultée le 18 octobre 2019)

PINON, Pierre : Un canal ... des canaux. Picard Éditeur, Paris, 1986.

Un canal... des canaux catalogue de l'exposition tenue à la Conciergerie de mars à juin 1986.

VUIGNER, Émile, Mémoire relatif aux travaux exécutés pour améliorer le régime des eaux sur la rivière et le canal de l'Ourcq et pour rendre ces cours d'eau navigables, DUNOD, Paris, 1862, à lire sur  Gallica BnF
(page consultée le 18 octobre 2019)

NAVIER, Claude : Rapport à Monsieur Becquey, conseiller d'état, directeur général des Ponts et chaussées et des mines et Mémoire sur les ponts suspendus, Paris, Imprimerie Royale, 1823, en ligne
https://archive.org/details/rapportmonsieurb00navi/page/n7
(page consultée le 18 octobre 2019)

Archives municipales, 77000 Meaux

Tombes L'Éveillé, cimetière de Meaux


A voir aussi...

[1] Sur Paul L'ÉVEILLÉ on lira cet article, qui nous donne aussi des indications intéressantes sur son père :
https://lesamisdesouvestre.wordpress.com/paul-leveille-1806-18-et-julie-le-louterel-1816/
(page consultée le 31 janvier 2025)


Appel à participation

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Si vous possédez des documents inédits, si vous connaissez des éléments de biographie, des dates de séjour, des réalisations, etc. faites nous en part, nous les publierons ici et nous les communiquerons à nos amis de la Société Historique de Meaux et sa Région.

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