pour les années 1867 à 1931
Présentation des statistiques de la navigation sur les canaux relevées dans les Annuaires statistiques de la Ville de Paris
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Ces chiffres ont été relevés par nos soins, collationnés, et les quelques erreurs d'addition rencontrées ont pu être corrigées grâce à notre méthode de relevé informatisé. Ils ont été traduits en graphiques pour une meilleure compréhension. Pour certains, ils n'ont été, à l'heure de cette première publication, relevés que pour le canal de l'Ourcq. Les liens vers les pages des graphiques se trouvent au bas de la présente page.
Les premiers chiffres publiés dans l'annuaire statistique de la ville de Paris sont ceux de 1880. Ce premier numéro, publié en 1881, comporte le tonnage et le produit annuels des 3 canaux depuis 1867 ainsi que les mêmes renseignements mois par mois pour 1880. Le maximum de tonnage et des produits pour cette période est atteint en 1880, le minimum est constaté lors de la période de guerre de 1870 et des troubles de 1871. Ce numéro comporte un descriptif des 3 canaux, reproduit plus bas. Le numéro suivant publié en 1882, décrit avec précision les types de marchandises transportés dans chacun des canaux.
Les tableaux contiennent pour chacun des 3 canaux :
Les produits comportent, outre le droit de navigation, les recettes diverses : ventes d'arbres, locations diverses, droit de stationnement et de garage, etc. ce qui les rend difficilement exploitables et sort du cadre de cette étude centrée sur la navigation.
Ces chiffres seront repris les années suivantes puis complétés plus tard par le détail des matières transportées ainsi que leur provenance.
En 1882, on trouve les mêmes tableau et texte détaillant le trafic sur le canal Saint-Martin. En 1883 on n’a que le tableau seul.
À partir de 1884, sous la plume de MM. HUMBERT et CHOQUET, ingénieurs en chef des Ponts et chaussées, le tonnage de marchandises transportées sur le canal de l'Ourcq est ventilé entre celles déchargées le long du canal, déchargées au bassin de La Villette et celles poursuivant leur navigation dans le canal Saint-Denis ou le canal Saint-Martin. Les natures principales des marchandises transportées sont indiquées : charbon, pierre, bois, plâtre, farine, engrais. Pour le canal Saint-Denis, il est indiqué que le mouvement est surtout important à la remonte. Les natures les plus importantes, et les lieux de chargement ou déchargement sont cités, avec des chiffres arrondis. Pour le canal Saint-Martin, les marchandises débarquées et embarquées sont détaillées, pour les deux sens.
En 1890, les auteurs, M. HUMBLOT devenu inspecteur général des Ponts et chaussées, et M. RABEL, ingénieur en chef, décrivent les bateaux naviguant sur chacun des canaux et détaillent les marchandises transportées.
La navigation à la remonte sur le canal de l'Ourcq est chaque année qualifiée de peu importante. Il est précisé que les marchandises ont été débarquées le long du canal et principalement à la borne 3 pour les pétroles et aux bornes 11 et 12 pour les combustibles(1). Cette affirmation reprise chaque année doit être nuancée car pour certaines catégories de marchandises, le trafic est équivalent voire supérieur, comme par exemple pour les combustibles minéraux. (voir le graphique détaillant les tonnages par nature).
Ceci correspond, pour la borne 3, aux établissements Henry HAMELLE qui étaient situés à Pantin à l’angle de la rue de la Distillerie avec la rue Victor Hugo du côté sud et avec le quai de l’Aisne du côté nord, au niveau de l’actuelle passerelle cyclable de l’Hôtel de Ville. La borne 11 correspond au pont des Glaises, la 12 au pont de l’Union.
À partir de l’annuaire publié en 1893, donc des chiffres de l’année 1892, un nouveau tableau nommé B — Mouvement de la navigation dans les canaux de Paris et dans la Seine (traversée de Paris) — Navigation ordinaire et à vapeur (tonnages effectifs) voit le jour. Ces données ne sont pas homogènes avec celles du tableau précédent, nommé maintenant Tableau A. L'explication tient à la source des données, qui est différente selon les tableaux, comme nous l'expliquons ci-dessous.
Les catégories de matériaux sont redéfinies :
Ce tableau très complexe peut se décomposer en 4 groupes de lignes, un par cours d'eau : canal de l'Ourcq, canal Saint-Denis, canal Saint-Martin, Seine à la traversée de Paris. À l'intérieur de chacun de ces groupes, on distingue les 2 sens de navigation : remonte et descente. Pour chaque cours d'eau, on a 3 groupes de colonnes, détaillant
- pour le premier le nombre de bateaux et leur chargement moyen.
- pour le deuxième, la répartition du tonnage par nature de marchandises,
- pour le troisième, la décomposition du tonnage entre trafic intérieur, expéditions, arrivages ou transit.
De ce tableau, nous n'avons exploité à ce jour que les chiffres du canal de l'Ourcq pour toutes les années où il fut publié, soit de 1892 à 1931.
En 1905, une nouvelle classification des marchandises voit le jour. Les plâtres, chaux et ciments, les moellons, pierres, briques etc. sont regroupés en matériaux de construction ; le charbon et le pétrole sont regroupés en combustibles ; engrais est complété par amendements ; le bois s'appelle désormais bois à brûler et de service ; les farines et autres denrées laissent la place aux produits agricoles et denrées alimentaires. Trois nouvelles catégories remplacent celles dénommées auparavant métallurgie : matières premières de l’industrie métallurgique, produits fabriqués de l'industrie métallurgique, produits industriels. La catégorie marchandises diverses se trouve réduite en volume en raison d'une meilleure affectation des marchandises transportées dans les diverses catégories. À partir de 1905 ce sont les données du tableau B qui sont reprises dans le texte introductif de la rubrique dans l’Annuaire statistique de la Ville de Paris.
Les chiffres du tableau A et du tableau B diffèrent souvent, parfois de façon importante. Une note précise que les chiffres des tableaux A et B ne sauraient être identiques. En effet le tableau A est le relevé des jaugeages faits par les agents municipaux chargés de percevoir les droits de navigation relatifs au bassin de la Villette ; tandis que le tableau B est dressé d’après les seules déclarations faites par les mariniers aux agents du ministère des Travaux publics.
Sur le canal de l'Ourcq, de 20% vers 1892, cette différence diminue à partir de 1895 pour devenir nulle entre 1897 et 1922. Elle augmente à nouveau, de façon irrégulière jusqu’à 1931. L’étude précise du tableau B pour les autres canaux n’a pas encore été faite, mais un examen rapide montre des écarts importants entre les deux tableaux.
À partir de la publication de l’Annuaire statistique de la Ville de Paris pour les années 1932, 1933 et 1934, édité en 1937 (3), les tableaux de la navigation sur les canaux de Paris qui étaient publiés depuis 1880, mais réellement détaillés à partir de 1887, ne sont plus repris. Ils sont remplacés par des tableaux qui analysent les embarquements et débarquements sur le port de Paris, en termes d’expéditions, d’arrivages et de transit. On y trouve le tonnage expédié en direction, ou en provenance, des ports de l’Ourcq mais l’ordre de grandeur des valeurs annoncées n’est pas comparable avec celles des tableaux des années précédentes. Il ne tient pas compte du tonnage des bateaux chargés en dehors du port de Paris.
Par exemple, il est indiqué pour 1931 un tonnage expédié vers les ports de l’Ourcq, donc à la remonte, de 5 687 tonnes alors que le tonnage total à la remonte pour la même année était de 594 506 tonnes dans le tableau du mouvement des canaux en 1929, 1930 et 1931 de l’édition précédente. Pour le sens descendant, la même année, le tonnage était de 543 658 tonnes, on n’en retrouve plus que 226 096 dans le tableau publié en 1937.
La vision n’est plus celle du tonnage des marchandises naviguant, mais celle des marchandises chargées et déchargées sur le port de Paris, réduisant ainsi la réelle importance des canaux, qui voient passer des bateaux chargés en dehors de ce port. La définition des limites du port de Paris change en outre en 1935, comme le montrent les deux textes cités.
Il nous est donc pas possible de raccorder les deux séries de chiffres. Nous arrêterons donc cette étude à l’année 1931.
Sources :
1 - Annuaire statistique de la Ville de Paris, Année 1884 page 97. Imprimerie nationale, 1885.
2 - Annuaire statistique de la Ville de Paris, 44ème et 45ème années, 1923 et 1924, page 710, publié en 1925
3 - Annuaire statistique de la Ville de Paris, Années 1932-1934, Imprimerie P. DESHAYES, 83 rue de la Santé, Paris, 1937
Les canaux de la ville de Paris ont pour tronc commun le canal de l’Ourcq, qui dérive du Port-aux-Perches à Paris les eaux de la rivière d’Ourcq, affluent de la Marne. Commencé en 1805 et terminé en 1822, ce canal amène un cube considérable d’eau dans la capitale ; il en est distribué journellement 120 000 à 130 000 mètres cubes, ce qui représente entre le tiers et la moitié du cube total d’eau consommée à Paris. En outre, après avoir porté lui-même une navigation importante, il alimente le vaste bassin de la Villette, qui est à peu près le troisième port de France comme mouvement commercial ; du bassin de la Villette partent les deux canaux Saint-Denis et Saint-Martin qui relient la Seine au-dessus et au-dessous de Paris avec le port central. Le canal de l’Ourcq a été une conception à la fois grandiose et économique qui n’a été dépassée à aucun titre par les travaux modernes.
La longueur totale du canal de l’Ourcq est de 108 kilomètres ; sa pente de 13,56 m, répartie entre 10 écluses. Ces écluses sont doubles et ont 3,20 m seulement de large.
Le canal Saint-Denis a 6 647 mètres de longueur ; sa pente totale est de 28,90 m. rachetée par 12 écluses. Ces écluses ont 7,80 m de large et sont accessibles aux grandes péniches du Nord et de la Basse-Seine.
Le canal Saint-Martin se développe sur 4 554 mètres. 1 850 mètres ont été couverts et forment le sous-sol du boulevard Richard-Lenoir ; cette transformation en tunnel, plus favorable à la circulation en surface qu’aux intérêts de la navigation, a constitué un travail d’art des plus intéressants exécuté par M. l’Ingénieur Rozat de Mandres en 1861-1862. La pente totale du canal Saint-Martin est de 24,56 m, rachetée par 9 écluses. Ces écluses ont 7,80 m de large, comme celles du canal Saint-Denis. Sauf sous le boulevard Richard-Lenoir, le canal Saint-Martin forme un vaste port de débarquement et d’embarquement, notamment dans le bassin de l’Arsenal entre la Bastille et la Seine.
Dans l'Annuaire statistique de la Ville de Paris pour l'année 1881, publié en 1882, les auteurs donnent une intéressante description du mouvement des trois canaux, que nous transcrivons ci-dessous intégralement :
Les bateaux fréquentant le canal de l’Ourcq sont des bateaux dits « flûtes d’Ourcq » de 18,50 m de longueur sur 3,05 m de largeur moyenne, jaugeant de 75 à 85 tonnes.
Le tirant d’eau du canal est de 1,40 m.
Le trafic, qui a lieu presque entièrement à la descente, porte sur le transport, à Paris, de bois de la forêt de Villers-Cotterets et des vallées de l’Ourcq et du Clignon ; de pierres de taille et de moellons de la vallée de l’Ourcq ; de briques de Marolles et de Fresne, de farines des environs de Meaux, et surtout de plâtres de Crégy, Meaux, Claye, Villeparisis, Vaujours, Livry, Noisy et Romainville.
A la remonte, le tonnage partant du bassin de la Villette est peu important ; il comprend des engrais de toutes natures, des charbons et des marchandises diverses débarqués le long du canal, principalement à Bondy, Claye, Meaux et Lizy, mais surtout les vidanges à destination de la voirie de Bondy.
Le mouvement du canal de Saint-Denis est surtout important à la remonte. Le transport à Paris des charbons de terre du Nord et du Pas-de-Calais, de la Belgique et de l’Angleterre donne 380 000 tonnes, soit plus du quart du tonnage total ; le reste du trafic à la remonte comprend : les matériaux de construction, tels que les pierres de taille et les moellons provenant de l’Oise ; les sables de la Basse-Seine et les bois d’industrie du Havre et de Rouen, dont l’ensemble est de 300 000 tonnes ; viennent ensuite les produits agricoles, consistant principalement en avoine et maïs amenés du Havre, et dont le tonnage est de 56 000 tonnes ; les produits industriels tels qu’acides, pétroles, etc. d’un tonnage de 27 000 tonnes ; les eaux-vannes de Paris par la Seine, à destination d’Aubervilliers, d’un tonnage de 129 000 tonnes ; enfin, des marchandises diverses telles que cafés, cacaos, drogueries, épiceries, savons, etc… amenés principalement du Havre et débarquées à la Villette, donnant un tonnage de 73 000 tonnes.
A la descente, le tonnage le plus important comprend les eaux-vannes transportées du canal Saint-Martin à Aubervilliers (176 000 tonnes) ; celles amenées par la Seine à la neuvième écluse et remontant le canal Saint-Martin pour la même destination ou celle du dépotoir (36 000 tonnes) ; les engrais chimiques, phosphates, et poudrettes fabriquées (5 000 tonnes environ) ; viennent ensuite les marchandises diverses embarquées à la Villette à destination de Rouen et du Havre, pour 87 000 tonnes ; les matériaux de construction, tels que briques, tuiles, ardoises, pavés, etc., provenant de la Haute-Seine et du canal de l’Ourcq, débarquées le long du canal principalement à la gare de Saint-Denis, pour 31 000 tonnes ; enfin les produits industriels et agricoles de la Haute-Seine et du canal de l’Ourcq, pour 20 000 tonnes.
Ces transports s’effectuent avec des bateaux dont les types principaux sont :
- Les petits chalands, de 90 à 150 tonnes de capacité ;
- Les porteurs à vapeur, à hélices et à roues, de 80 à 230 tonnes ;
- Les péniches de l’Oise et des canaux du Nord, de 250 à 310 tonnes ;
- Les chalands, de 280 à 350 tonnes ;
- Enfin les grands chalands, de 350 à 500 tonnes.
Le tirant d’eau du canal Saint-Denis est de 2 mètres.
La navigation du canal Saint-Martin consiste, à la remonte, pour les marchandises débarquées dans les différents biefs, provenant généralement de la Haute-Seine, en :
- Sables, cailloux, pavés, moellons et meulières, produisant un tonnage de 176 000 tonnes
- Bois à brûler 39 000
- Chaux et ciments 32 000
- Pierres de taille 26 000
- Briques, tuiles, ardoises 8 000
- Grains, farines, fourrages 4 000
- Marchandises diverses autres que celles-ci-dessus désignées 38 000
Le tonnage des marchandises embarquées dans les biefs du canal comprend 4 000 tonnes de produits divers et 176 000 tonnes d’eaux-vannes pour Aubervilliers.
Les marchandises ayant transité le canal Saint-Martin à la remonte s’élèvent à 127 000 tonnes ; elles consistent principalement en charbons de terre, bois à ouvrer et à brûler (19 000 tonnes) ; briques, tuiles et ardoises (11 000 tonnes) ; chaux, ciments et pierres de taille (10 000 tonnes) ; sables, cailloux, pavés, moellons et meulières (19 000 tonnes) ; grains, farines, fourrages (7 000 tonnes) ; tourbes et engrais (43 000 tonnes) ; et en marchandises diverses de toutes natures (18 000 tonnes).
Les marchandises en descente, débarquées au canal Saint-Martin, comprennent :
- Les charbons de terre venant du Nord, de la Belgique et de l’Angleterre 67 000 tonnes,
- Les bois à brûler et à ouvrer du canal de l’Ourcq 1 500
- Les briques, tuiles, de même provenance 1 300
- Les chaux et ciments venant également du canal de l’Ourcq 3 900
- Les marbres de Basse Seine 500
- Les pierres de taille de la vallée de l’Ourcq et de l’Oise 26 700
- Les plâtres cuits et pierres à plâtre du canal de l’Ourcq 221 000
- Les sables, cailloux, moellons, etc., également de l’Ourcq 6 000
- Les métaux de la Basse-Seine, ainsi que les grains, farines et fourrages 3 500
- Et les marchandises diverses de toutes natures 1 600
Le tonnage des marchandises en descente de toutes natures embarquées au canal Saint-Martin est de 26 500 tonnes.
Les marchandises en transit à la descente s’élèvent, en totalité, à 64 300 tonnes ; elles consistent principalement en charbons de terre, plâtre cuit et pierres à plâtre, grains, fourrages et engrais, et en marchandises diverses sèches.
L’ensemble de ces marchandises a été transporté par des bateaux de diverses catégories, dont les principales sont ci-après désignées :
- Le margotat de 30 à 40 tonnes,
- Les flûtes d’Ourcq, de 75 à 85 tonnes,
- Les toues et flûtes de Seine, de 120 à 102 tonnes,
- Les péniches, de 250 à 310 tonnes,
- Les chalands et besognes, de 280 à 350 tonnes,
- Et enfin les grands chalands, de 350 à 500 tonnes.
Le tirant d’eau du canal Saint-Martin est de 2 mètres.